mercredi 28 décembre 2011

2011 : on oublie le vin de glace



GREVENMACHER- Les vignerons ont eu le nez creux : très rares sont ceux qui ont tenté le pari du vin de glace cette année. Chez Bernard-Massard, on a bien senti le coup.
Les rangs de vigne réservés aux vendanges hivernales sont plastifiés pour les protéger des oiseaux et de la pluie. Cette année, il y en a très peu (Photo: archives lq)

La douceur de l'hiver, il y en a que ça réjouit et il y en a que ça désole. Dans cette seconde catégorie, on peut certainement inclure tous les amoureux du vin de glace, un breuvage qui ne peut provenir que de la vendange de grappes de raisins gelés sur pied. Alors forcément, cette année, ça paraît mal parti... 


Erwan Nonet      


Les deux derniers hivers ont livré des conditions idéales pour que le vin de glace soit élaboré sur les coteaux de la Moselle. Un froid intense et précoce était venu se pencher sur les ceps et les heureux viticulteurs, qui avaient prévu le coup, avaient de quoi se réjouir : le millésime, comme celui de l'année précédente, serait excellent. On a généralement coutume de dire que les meilleurs vins de glace se récoltent avant Noël. C'est logique: plus on attend, plus le raisin risque de s'abîmer.


Mais cette fois, le roi des vendanges ne sera pas ce vin extrêmement concentré dont le taux de sucre doit être légalement supérieur à 120 degrés Oechsle. Contrairement à l'année passée, chez Bernard-Massard, on a pris la décision de tirer un trait sur ce nectar cette année. «Que ce soit pour le Clos des Rochers ou Thill, nous ne faisons de vin de glace qu'avec du riesling, qui est le cépage qui s'y prête le mieux, explique le directeur technique de Bernard-Massard, Freddy Sinner. Or cette année, nous l'avons vendangé trois semaines plus tôt que d'habitude pour récolter un raisin d'une qualité exceptionnelle, de celle que l'on ne trouve que tous les cinq, six ou sept ans. Alors plutôt que de prendre le risque de tout perdre, nous avons décidé de tout prendre. Étant donné la météo de ce début d'hiver, je crois que nous avons bien fait!»


Car produire un vin de glace, c'est vraiment faire un pari. Pour avoir le droit d'élever ce vin au rendement extrêmement faible (il faut à peu près 10kg de raisin pour sortir un litre de vin), il faut d'abord déclarer les parcelles réservées à l'Institut viti-vinicole de Remich, autorité dépendant du ministère de l'Agriculture qui vérifie la bonne application d'un cahier des charges strict, puis attendre son feu vert.



«Plus le raisin est gelé, plus le vin est bon» 



Le premier point, c'est bien sûr la température extérieure. Pour récolter les grappes qui feront le vin de glace, il faut que les grains soient complètement gelés. «L'Institut doit observer une température de -7°C à sa station pour donner le coup d'envoi des vendanges. Mais en général, la première fois que l'on atteint cette température, on ne se précipite pas, on regarde d'abord si la période va se prolonger. Car plus le raisin est gelé, plus la qualité du vin sera bonne.»


Vendanges tardives : le plan B!

Si les gelées à -7°C s'avèrent finalement improbables, tout n'est pas perdu. Il est toujours possible de vendanger et de produire un vin en «vendanges tardives». Dans ce cas, le taux de sucre minimum est plus bas (95degrés Oechsle pour le riesling, 105 pour les pinots gris et blanc et le gewurztraminer).

À noter que l'on ne peut élaborer de vin de glace qu'avec du riesling, du pinot ou du pinot gris
Cet aspect-là rend donc essentiel le choix des parcelles sélectionnées. «Il faut qu'elles soient bien orientées pour attraper et garder le froid. Chez Bernard-Massard, tout nos vins de glace sont produits sur une parcelle plantée de riesling située sur le "Palmbierg", à Ahn.» Qui plus est, il faut être malin et bien s'assurer que les rangs préservés sont accessibles dans des conditions hivernales sévères.


Une fois que les vendangeurs ont joué du sécateur, tout doit aller très vite. «Il faut presser le raisin gelé et empêcher à tout prix qu'il se réchauffe. Tout se prépare en amont. Par exemple, il faut bien ouvrir les portes du bâtiment qui abrite le pressoir pour que lui aussi soit très froid.»


Pour les rares vignerons qui ont tout de même misé sur une telle récolte cet hiver, tout n'est peut-être pas perdu, puisque la législation ne donne aucune date limite pour vendanger. Mais, selon les prévisions météorologiques, il n'y a plus aucune chance qu'un grand froid s'abatte d'ici la fin de l'année...


afp http://www.lequotidien.lu/le-pays/30469.html

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